D'où vient cet eau ?

Publié le 28 août 2026 à 17:10

D’où vient cette eau ?

Une question qui a probablement déjà hanté plus d’un étancheur.

Une auréole apparaît au plafond, une goutte tombe, une infiltration se dessine sur un mur… et les regards se tournent presque naturellement vers lui.

Après tout, l’étancheur est le souverain du hors d’eau. Alors lorsqu’elle entre, l’eau devient vite son affaire.

Pourtant, sur un bâtiment neuf comme en rénovation, dans le logement collectif comme dans le tertiaire, l’origine d’une infiltration est rarement aussi évidente. Toiture, façade, menuiserie, plomberie, interface entre deux ouvrages, intervention d’un autre corps d’état… avant de trouver le responsable, encore faut-il trouver le chemin emprunté par l’eau.

Mais attention à ce qu’il raconte réellement : 67 % de désordres liés à l’étanchéité à l’eau ne signifie pas 67 % de sinistres en toiture-terrasse.

Et c’est précisément là que l’histoire devient intéressante.

1. L’AQC : qui sont-ils ?

Avant de regarder les chiffres, encore faut-il savoir qui les produit.

Créée en 1982, l’Agence Qualité Construction (AQC) est une association qui réunit les principaux acteurs de la construction : entreprises, maîtres d’ouvrage, assureurs, bureaux de contrôle, fabricants et organisations professionnelles.

Sa mission n’est pas de désigner un coupable lorsqu’un sinistre survient. Elle consiste notamment à observer les désordres du bâtiment, les analyser et contribuer à leur prévention.

Pour cela, l’AQC s’appuie sur son Observatoire de la Qualité de la Construction et sur plusieurs dispositifs de collecte et d’analyse, dont Sycodés, alimenté à partir des expertises réalisées dans le cadre de l’assurance construction.

Année après année, cette masse d’informations permet de faire apparaître les pathologies les plus fréquentes, leur coût et leur évolution.

Autrement dit, l’AQC ne nous dit pas simplement qu’il y a de l’eau.

Elle nous aide à comprendre où elle entre, pourquoi… et à quelle fréquence.

Et c’est précisément ce qui rend ses données intéressantes lorsqu’on parle d’étanchéité.

2. Le bilan du rapport

Revenons donc à ce fameux 67 %.

Dans son dernier bilan, l’AQC fait apparaître une progression des désordres liés à l’étanchéité à l’eau : ils représentent 67 % des désordres décennaux observés, contre 61 % lors de l’édition précédente.

À première lecture, le chiffre est impressionnant. Pour un étancheur, il pourrait même être légèrement vexant. 😏

Mais il faut regarder ce qui se cache derrière le mot « étanchéité ».

Car l’eau ne choisit pas uniquement la toiture-terrasse pour entrer dans un bâtiment.

Elle peut passer par une couverture, une façade, une menuiserie extérieure, un réseau, une canalisation, une douche, une terrasse, un balcon ou encore par la rencontre parfois délicate entre plusieurs ouvrages.

L’étanchéité à l’eau d’un bâtiment est donc une problématique beaucoup plus vaste que le seul métier de l’étancheur.

Et lorsque l’on observe la répartition des désordres par secteur, le tableau devient beaucoup plus nuancé.

La toiture-terrasse reste évidemment un poste important de sinistralité. Il ne s’agit surtout pas de lui fabriquer un alibi.

Mais les chiffres racontent autre chose : l’eau est avant tout un problème de bâtiment, et ses chemins d’entrée sont multiples.

Ce constat pose alors une autre question.

Si l’étanchéité des toitures-terrasses reste exposée au risque, pourquoi sa sinistralité semble-t-elle mieux contenue que l’image que l’on pourrait en avoir ?

3. Ne nous reposons pas sur nos lauriers…

Les chiffres montrent que l’étanchéité des toitures-terrasses a bénéficié, au fil des années, d’un encadrement technique particulièrement important.

DTU, Avis Techniques et DTA, règles professionnelles, qualifications, contrôles… les matériaux ont évolué, les techniques se sont perfectionnées et les pathologies sont aujourd’hui beaucoup mieux connues.

Pour autant, les chiffres ne permettent certainement pas de crier victoire.

Avec 34 % des désordres recensés dans le logement collectif, l’étanchéité des toitures reste un poste majeur de sinistralité.

Et la comparaison mérite que l’on s’y arrête : dans les données que tu as relevées, les couvertures en petits éléments, tuiles et ardoises, représentent 9,6 %.

Autrement dit, même dans un métier très encadré, disposant de décennies de retour d’expérience et de systèmes techniques de plus en plus performants, l’eau continue de trouver son chemin.

Il serait donc dangereux de considérer que les progrès réalisés suffisent.

Mais j’irais même un peu plus loin.

Parce que lorsqu’on parle de sinistralité en étanchéité, il existe un autre risque que l’eau. Son opposé, en quelque sorte :

le feu.

Le travail à chaud fait historiquement partie du métier. Chalumeau, soudage, meulage… autant d’opérations parfaitement courantes sur chantier, mais qui introduisent également un risque supplémentaire.

Et c’est là que tes chiffres incendie doivent rester.

Dans ton brouillon, tu avances notamment que 25 % des incendies sur bâtiments en construction ou en rénovation industrielle seraient directement liés aux travaux par points chauds, ainsi que l’existence de plusieurs centaines de départs de feu graves chaque année en France.

4. Les solutions : Nous Tous

Les matériaux ont progressé. Les techniques aussi. Mais entre une solution performante sur le papier et un ouvrage performant pendant plusieurs décennies, il reste une variable impossible à supprimer :

Nous.

La formation, d’abord.

Elle ne peut plus s’arrêter au CAP, au Bac Pro ou aux premières années de chantier. Les systèmes évoluent, les supports se diversifient, de nouveaux procédés apparaissent. Un étancheur parfaitement formé à la soudure au chalumeau ne maîtrise pas automatiquement une membrane adhésive, un système collé ou un procédé qu’il n’a jamais mis en œuvre.

Former, ce n’est donc pas réapprendre le métier. C’est permettre au savoir-faire d’évoluer avec lui.

L’encadrement joue également un rôle essentiel. Chef d’équipe, chef de chantier, conducteur de travaux : lorsque les délais se resserrent, ce sont souvent eux qui doivent maintenir l’équilibre entre production, qualité et respect des règles de mise en œuvre.

Et puis il y a les interfaces.

Un ouvrage d’étanchéité ne vit jamais seul sur une toiture. Le support arrive d’un autre lot. Des équipements sont installés. Des réseaux traversent l’ouvrage. D’autres entreprises interviennent avant, pendant ou après l’étancheur.

Une membrane parfaitement posée peut devenir défaillante après le passage d’un autre corps d’état.

Contrôler les supports, anticiper les interventions, protéger les ouvrages terminés et organiser les interfaces font donc pleinement partie de la prévention.

Même logique pour le risque incendie évoqué précédemment. Le permis de feu, la préparation de la zone, l’éloignement des matériaux combustibles et la surveillance après travaux ne doivent jamais devenir de simples formalités administratives. Un risque connu n’est maîtrisé que si les mesures prévues sont réellement appliquées.

Enfin, il y a la veille technique.

Nouveaux isolants, nouveaux supports, rénovation d’ouvrages anciens, membranes et procédés différents : chaque évolution apporte des possibilités, mais aussi de nouvelles compatibilités à vérifier et de nouveaux gestes à apprendre.

La solution ne repose donc ni uniquement sur le fabricant, ni sur l’étancheur, ni sur le conducteur de travaux, ni sur le maître d’œuvre.

Elle repose sur toute la chaîne.

Et c’est peut-être là que se trouve aujourd’hui notre principal levier de progression : continuer à faire évoluer les produits, bien sûr, mais surtout faire évoluer avec eux nos compétences, nos organisations et nos habitudes de chantier.

Les chiffres de l’AQC ne racontent donc pas l’histoire d’un métier qui ne saurait toujours pas maîtriser l’eau.

Ils racontent plutôt celle d’un bâtiment devenu plus performant, plus technique, mais aussi plus complexe, où chaque détail, chaque interface et chaque intervention peuvent avoir leur importance.

Les matériaux ont progressé. Les règles se sont précisées. Les techniques se sont diversifiées. À nous de faire évoluer nos pratiques au même rythme.

Car finalement, la prochaine avancée ne viendra peut-être pas d’une nouvelle règle à ajouter aux précédentes, mais de notre capacité à mieux transmettre les savoir-faire, mieux anticiper les risques et mieux organiser leur mise en œuvre sur le terrain.

Et certains de ces risques peuvent désormais être traités autrement, directement par l’évolution des procédés.

Après avoir parlé de l’eau et du feu, il fallait bien aller voir ce qui se passe lorsque l’étancheur décide… de laisser le chalumeau au camion.

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